Les SSII, SAP, les compétences métiers et le salaire qui va avec !

Publié le par Philippe GRIMALDI

Je profite de questions pertinentes à ce sujet d’un visiteur du blog pour faire un post car c’est sans nul doute un sujet important et récurrent aux yeux des candidats (comme des recruteurs d’ailleurs !), vu le contexte actuel de pénurie généralisée de ressources SAP salariées (contexte dû en partie au fait que les seniors SAP salariés passent freelances pour gagner beaucoup plus tout en travaillant moins !).

 

Je plante le décor : le visiteur est un contrôleur de gestion industriel (10 ans d’expérience CDG) key user SAP FICO qui souhaite devenir consultant fonctionnel SAP FICO à temps plein et qui postule donc en SSII (démarche logique car seul le Conseil recrute des débutants SAP !).

 

Il me demande pour quelles raisons subtiles les SSII encouragent si mal (d’un point de vue financier j’entends) les profils métiers tels que le sien à devenir consultant junior fonctionnel SAP en leur proposant des salaires de misère ! ….

 

En effet, ceci est bien paradoxal car, d’un autre côté, les SSII et autres cabinets de conseil SAP clament haut et fort à qui veut bien l’entendre, que les profils à double compétence (SAP + métier) sont les meilleurs candidats et consultants SAP du monde entier car ils possèdent l’avantage non négligeable et rare (outre leur expertise produit SAP) de parler le même langage que les utilisateurs !

En fait, comme les SSII et cabinets de conseil manquent cruellement de ressources SAP (euphémisme), ils encouragent très vivement et très chaleureusement les opérationnels et autres profils métiers/key users SAP à devenir consultants SAP et sont même prêts à les former gracieusement dans leur magnifique université interne (c’est pour dire à quel point ils sont motivés et surtout à quel point ils sont dans la détresse et au bord du désespoir) !

 

Le vrai problème (pas nouveau) c’est que les SSII veulent (c’est dans leurs gênes) le beurre et l'argent du beurre et ne rémunèrent donc pas à sa juste valeur l'expérience métier des candidats (ce n'est pas nouveau et ce n'est pas prêt de changer pour des raisons commerciales évidentes).

 

Tout ceci entretient le langage de sourds entre postulants et recruteurs SAP en SSII et donne une sévère impression d’incohérence et d’incompréhension mutuelle.

 

Voici quelle est (en exclusivité sur ce blog !) la raison principale de ce quiproquo qui dure, perdure et qui n’est surtout pas prêt de disparaître :

 

La SSII (dont l’âme et le fond sont parfois bons au demeurant), voudrait bien payer à sa juste valeur un candidat souhaitant être formé à SAP et motivé par les métiers passionnants et exigeants du Conseil. Le léger problème c’est que les gros et vilains clients de la SSII ne l’entendent pas de cette oreille !

 

En effet, la SSII a horreur de se fâcher tout rouge avec ses gros et riches clients qui la font vivre (parfois grassement), car ce n’est pas politiquement (ni financièrement d’ailleurs) correct, vu la concurrence ferme et le dumping tarifaire qui sévissent parfois parmi certains gros intégrateurs SAP qui se battent bec et ongle pour décrocher des contrats de TMA SAP pluri-annuels à plusieurs chiffres (budgets en millions d’euros pour situer un peu l’enjeu financier auprès des béotiens) !

 

Le client de la SSII (pour planter le décor : tout puissant, maître du jeu qui fait la pluie et le beau temps) dit à la SSII : « donnes moi des cvs de consultants SAP seniors, qui connaissent bien le paramétrage et …. pas chers, cela m’intéresserait beaucoup ! »

 

La SSII répond tristement (en pleurs, gros chagrin inconsolable) et invariablement à son gros client « Maître, Monseigneur, ce n’est point possible, vous savez bien que les salaires SAP flambent depuis 3 ans du fait de la pénurie de ressources (loi offre/demande, un grand classique) et que les consultants seniors SAP sont tous depuis bien longtemps passés freelances car ils se sont embourgeoisés, les vilains coquins, que le diable les emporte (sous entendu ils n’emporteront pas tout cet argent au paradis) ! »

 

Comme la SSII ne sait pas taper du poing sur la table et remuer un peu le cerveau parfois endormi et fatigué de ses clients, elle est contrainte de ne pas remettre en question cette cruelle et implacable règle du jeu (qui consiste à ne recruter en priorité que des seniors SAP car ils sont directement opérationnels en clientèle et au demeurant facturés chers).

 

Du coup, quand la triste SSII se résigne à recruter des débutants sur SAP qui disposent d’un gros background métier, elle se révèle incapable de leur proposer un salaire décent valorisant cette expérience métier, car elle sait pertinemment que si elle tombe dans ce piège, elle n’a plus qu’à faire ses valises et à mettre les clés sous la porte car elle ne gagnera bientôt plus d’argent !

 

L’équation est simple :

Le client de la SSII paie « en location » (forfait/régie) très mal les juniors SAP et ce quels que soient leurs backgrounds métier donc la SSII, si elle veut préserver un tant soit peu ses marges commerciales, se voit contrainte de proposer des salaires d’embauche de misère à ces cadres expérimentés fortement motivés par les métiers du consulting SAP ! CQFD

 

En fait et pour être plus précis encore, le drame qui se joue depuis très longtemps est le suivant : le client de la SSII n’est pas du tout intellectuellement disposé (faute d’éducation et faute d’information) à payer à sa SSII davantage pour un profil de jeune diplômé Bac + 5 Grande Ecole fraîchement formé à SAP que pour un cadre expérimenté (10 ans d’expérience métier) également fraîchement formé à SAP côté paramétrage notamment.

Ce même client n’a toujours pas compris (ou ne veut pas comprendre !) que c’est une erreur grossière de raisonner uniquement (ils appellent cela le cost killing !) en termes de  tarif/prix (dumping) et de technique pure sur SAP !

En effet, un projet SAP c’est certes un peu de technique (développements, custo ….) mais c’est surtout bien davantage et avant tout des aspects fonctionnels et métiers !

Or, qui maîtrise le mieux ces problématiques BPR, processus et besoins métiers, aspects fonctionnels et autres AMOA ? Réponse : un cadre expérimenté (de surcroît un Bac+45 comme son collègue le JD) qui vient du métier (finances, achats, RH, production, …..) et qui a déjà participé côté MOA de près ou de loin à un projet SAP (en tant que key user par exemple) sera beaucoup plus percutant et compétent qu’un jeune diplômé tout juste sorti de son Ecole fut-elle Grande !

 

Conclusion implacable (dura lex sed lex comme le dirait par exemple mon ami Jules César) : cette situation changera uniquement le jour où les SSII sauront aborder franchement ces sujets sensibles avec leurs clients et sauront sans doute …. taper du poing sur la table ! (en clair et en substance, ce n’est pas prêt de changer !  ;-)

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